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LE DOSSIER DU MOIS
LES VERGETURES : TOUT CE QUE VOUS DEVEZ SAVOIR
Les vergetures ont été décrites pour la première fois en 1869 par Troiser et Ménétrier comme un dérèglement banal
et inoffensif.
HISTORIQUE
Dès 1900, de nombreux chercheurs ont mis en évidence des relations étroites entre la formation des vergetures et diverses atteintes physiologiques, telles que la tuberculose, la fièvre
typhoïde, les fièvres rhumatismales ou diverses infections chroniques. Simpson, en 1950, a montré qu'une hyper-activité adrénocorticale, suite à des traitements topiques prolongés ou
systémiques avec corticostéroïdes, induit la formation de vergetures. Shelley et Cohen, en 1964, ont montré que des vergetures apparaissent fréquemment lors de divers désordres cutanés et
sont souvent associée à des phénomènes physiologiques, tels que la grossesse, l'obésité, les prises rapides de poids, la croissance chez l'adolescent. En 1980, Arem et Kisher parlaient de
tissu en phase de transition intermédiaire, entre un tissu hypertrophique et une cicatrice.
DEFINITION ET LOCALISATION
Les vergetures sont des facteurs linéaires du derme recouvertes d'un épiderme plissé, car mal sous-tendu. Elles doivent leur nom à leur aspect qui rappelle celui de cicatrices provoquées
par des coups de verges.
Les vergetures sont plus particulièrement localisées sur les seins, les côtés des bras et des cuisses, au niveau de la région lombosacrée ou de l'abdomen. Elles se disposent souvent en un
ensemble de petits plis parallèles et allongés, de quelques mm de largeur. Elles sont généralement multiples et s'organisent le plus souvent de façon symétriques, voire radiée.
ASPECT CLINIQUE
La phase initiale d'évolution clinique conduisant à la formation des vergetures est un phénomène de type inflammatoire laissant apparaître des stries rouges qui évolueront ensuite vers
des stries blanches classiques.
Les vergetures peuvent prendre deux aspects différents selon leur degré d'évolution ou de maturation : au démarrage, elles apparaissent sous la forme de fines lignes de couleur rosée,
voire pourpre, d'où l'appellation de "striae rubrae". Elles se recouvrent ensuite d'un épiderme déprimé de couleur nacré, appelé "striae alba". On notera l'absence de poils à leur
niveau, ainsi que l'absence de sécrétions sébacées et sudorales.
HISTOLOGIE
Ultrastructure
Sur le plan de l'ultrastructure, les vergetures sont définies dans la littérature comme des dépressions montrant :
- des signes d'atrophie de l'épiderme,
- de nombreux pontages entre les fibrilles de collagène des dermes réticulaires et papillaire,
- une présence d'élastine qui reste très discutée, depuis l'absence complète jusqu'à la présence de fragments de matériel élastique en passant par une structure réticulaire.
En microscopie optique
Les vergetures présentent une zone épithéliale plus fine et plus lissée que dans les zones de "peau normale". Le derme papillaire est à cet endroit très fin, voire inexistant et ne
présente aucune trace de papilles dermiques. La presque totalité du collagène est remplacée par de longues fibres fortement pontées et disposées parallèlement à la surface de la peau. Par
contre, les fibres élastiques apparaissent en plus grand nombre et ont un diamètre plus important que dans la peau normale.
La microscopie en fluorescence montre une plus grande positivité pour le collagène de type I que pour le collagène de type III. Le derme réticulaire, quant à lui, ne montre
pas de différence significative en terme de quantité de collagène. Le collagène est très fortement ponté et le diamètre des fibres est plus important que dans le tissu sain. Son
organisation est horizontale par rapport à la surface de la peau. On notera également une forte augmentation de la quantité d'élastine.
En microscopie électronique
L'épithélium apparaît plus fin, mais la membrane basale ne présente pas d'altération morphologique. Le derme papillaire montre une disposition partielle des papilles dermiques. Il
est à noter que les zones avec de fines fibres de collagène et de larges espaces inter-fibrillaires sont totalement remplacées par de grosses fibres pontées réparties en paquets très
denses, qui se disposent parallèlement à la surface de la peau.
Il y a une différence dans la quantité de fibres élastiques : les fibres apparaissent fragmentées, moins translucides et entourées par un grand nombre de petites granulations
correspondant à des glycoprotéines. Le derme réticulaire est marqué par une faible quantité de fibroblastes dont l'aspect est plutôt globuleux. Une augmentation des composés
collagéniques est observée avec un réarrangement des fibres montrant de volumineux pontages. Le pourcentage de matériel élastique est plus élevé et les fibres élastiques apparaissent
moins translucides et moins réceptives avec plus de matériel condensé tout autour.
LES FACTEURS FAVORISANT L'APPARITION DES VERGETURES
Vergetures et étirements excessifs
Les vergetures peuvent être considérées comme des réponses à des étirements. La résistance de la peau à la déformation repose principalement sur la qualité du collagène du derme.
Les deux facteurs qui semblent contrôler ce phénomène
sont :
- la quantité de collagène. En principe, plus la quantité de collagène est importante et plus la résistance à l'étirement est forte,
- la qualité du collagène et notamment le degré de liaison entre les molécules individuelles. Il semble que plus il y a de liaisons et plus il y aura de résistance à l'étirement.
Le rôle des corticostéroïdes dans l'apparition des vergetures
Les corticostéroïdes administrés par voie orale ou topique agissent en diminuant le contenu en collagène. Cette diminution serait variable selon la structure chimique des composés
stéroïdiens et selon le type de réponse anti-inflammatoire qu'ils déclenchent.
Le traitement s'accompagne aussi de la diminution de l'épaisseur de la peau, sans relation vraiment directe avec la diminution de collagène. Dans le vieillissement, la diminution de
collagène notable ne s'accompagne nullement de la formation de vergetures !
Il existe aussi une inévitable diminution de la résistance à l'étirement qui pourrait expliquer la formation et l'apparition de vergetures cortico-dépendantes. Elles sembleraient
plutôt dues à des modifications physiques dans la structure du collagène plutôt qu'à des variations dans la quantité de collagène.
Vergetures et puberté
Les vergetures ne seraient que le résultat de micro-déchirements intradermiques en vue d'une adaptation à la croissance. Ce phénomène interviendrait de façon continue tout au long de la
croissance et beaucoup de ces micro-déchirures ne restent visibles qu'au microscope et ne sont pas visibles à la surface de la peau… Seules les déchirures déjà importantes deviendrait
apparentes à la surface de la peau.
Il ne semble pas évident d'établir une relation entre l'apparition de vergetures lors de la puberté et une quelconque activité endocrinienne spécifique. La diminution d'étirablité du
collagène semi-mature semblerait une explication satisfaisante pour justifier leur apparition. Dans le cas de poussées de croissance, des vergetures apparaissent à la racine du dos et
présentent un aspect caractéristique "en conifère". Un certain déterminisme génétique ne peut être totalement rejeté.
Vergetures et grossesse
Nous ne pouvons pas totalement faire abstraction des problèmes hormonaux. Les dérèglements hormonaux interviendraient indirectement en favorisant ou en accélérant les pontages et la
formation de jonctions entre les fibres de collagène.
HYPOTHESE D'EXPLICATION DE LA FORMATION DES VERGETURES
La peau étant un tissu non homogène, le fait de lui imposer un étirement l'amène à répondre selon l'une des trois modalités d'action suivante :
- une élongation réversible ou réponse élastique avec retour à la normale,
- une réponse rigide irréversible avec une cassure en phase ultime,
- une combinaison des deux processus, où l'élasticité est couplée à la rigidité.
L'important est de savoir dans quel cas interviendra la mise en place de vergetures visibles extérieurement :
- lorsque le collagène est peu ponté, comme dans le cas des jeunes adolescents, la peau peut s'étirer, librement en fonction de sa capacité élastique, et la rupture n'interviendra que
passé le seuil d'élasticité naturelle, il n'y a alors aucune vergeture.
- lorsque le collagène devient trop ponté, comme dans le vieillissement, sa capacité d'étirement devient très faible et le seuil de rupture est très rapidement atteint, il n'y a également
aucune vergeture.
Seul le stade intermédiaire serait propice au déclenchement de vergetures, c'est-à-dire lors d'un pontage partiel des fibres de collagène qui s'accompagne d'un abaissement progressif du
seuil d'extensibilité de la peau ainsi que de son seuil de rupture. Dans ce cas, on note un rapport critique entre la quantité de collagène ponté rigidifié et la quantité de
collagène immature élastique.
Le fait d'avoir à la fois du collagène ponté rigide et du collagène immature élastique fait que l'on assiste, lors des étirements, à une rupture partielle des fibres rigidifiées car elles
ne sont pas capables de supporter un étirement aussi intense que celui des fibres élastiques. Des étirements répétés provoqueraient donc dans les profondeurs du derme des micro-déchirures
qui, en final, se manifesteraient extérieurement sous la forme de fines traces en creux : les vergetures.
CONCLUSION
En résumé, les vergetures seraient dues à des étirement répétés, induisant des déchirures partielles intradermiques à partir d'un seuil critique de l'équilibre entre le collagène ponté
rigide et le collagène immature élastique.
article des nouvelles esthetiques www.nouvelles-esthetiques.com
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